Besoins en protéines : combien par jour, vraiment
Ombeline Ravaud
20 septembre 2026
8 min de lecture

Le chiffre circule partout, souvent déformé. Entre la recommandation officielle et les conseils de salle de sport, l’écart va du simple au triple. Les deux peuvent avoir raison, à condition de préciser de qui l’on parle.
D’où vient le fameux 0,83 g par kilo
Cette valeur est l’apport nutritionnel conseillé pour un adulte en bonne santé, établi à partir des études de bilan azoté. Elle correspond à la quantité qui couvre les besoins de la quasi-totalité de la population, avec une marge de sécurité. Pour faire le point sur vos traitements et compléments, l’entretien en pharmacie est gratuit.
Pour 60 kg, cela fait environ 50 g de protéines par jour. Pour 80 kg, 66 g. Ces quantités s’atteignent sans difficulté avec une alimentation variée : un yaourt, deux œufs, une portion de poisson et des légumineuses y suffisent largement. Quand l’acide urique est en cause, œufs et laitiers couvrent ces besoins sans apporter de purines : voir les aliments pauvres en purines. Pour aller plus loin, les sources de protéines végétales détaille les quantités à viser et une assiette type pour atteindre ces apports.
L’erreur fréquente consiste à confondre grammes de protéines et grammes d’aliment. Cent grammes de poulet n’apportent pas cent grammes de protéines, mais environ vingt-six.
| Profil | Apport conseillé | Pour 70 kg |
|---|---|---|
| Adulte sédentaire | 0,83 g/kg/jour | 58 g |
| Adulte actif | 1 à 1,2 g/kg/jour | 70 à 84 g |
| Personne de plus de 65 ans | 1 à 1,2 g/kg/jour | 70 à 84 g |
| Sportif d’endurance | 1,2 à 1,6 g/kg/jour | 84 à 112 g |
| Sportif en prise de masse | 1,6 à 2 g/kg/jour | 112 à 140 g |
| Grossesse, allaitement | Majoration selon le trimestre | Avis médical |
Toutes les protéines se valent-elles ?
Une protéine se juge sur deux critères : sa teneur en acides aminés essentiels, que le corps ne sait pas fabriquer, et sa digestibilité. Les protéines animales cochent naturellement les deux cases.
Les protéines végétales, prises isolément, présentent souvent un acide aminé limitant. Les céréales manquent de lysine, les légumineuses de méthionine. La solution est connue depuis longtemps : les associer. Riz et lentilles, semoule et pois chiches, maïs et haricots — toutes les cuisines traditionnelles l’ont trouvée avant les nutritionnistes.
Cette association ne doit pas nécessairement avoir lieu au même repas. Sur une journée, l’organisme dispose d’un pool d’acides aminés qui lui permet de compenser.

Répartissez sur la journée
C’est le point le plus utile de tout l’article. La plupart des Français consomment peu de protéines au petit-déjeuner, un peu au déjeuner, et beaucoup le soir. Cette répartition est la moins efficace pour l’entretien de la masse musculaire.
La synthèse protéique se déclenche à partir d’un seuil, autour de 20 à 25 g de protéines par repas chez l’adulte, davantage chez la personne âgée. En dessous, le repas nourrit sans stimuler ce mécanisme ; au-dessus, l’excédent est oxydé.
Viser trois repas contenant chacun 25 à 30 g vaut donc mieux qu’un dîner à 60 g. Concrètement, cela signifie ajouter une source au petit-déjeuner : un œuf, un fromage blanc, ou une poignée d’oléagineux.
Repérez la teneur des aliments courants
- 100 g de blanc de poulet : environ 26 g.
- 100 g de saumon : environ 20 g.
- 2 œufs : environ 13 g.
- 100 g de lentilles cuites : environ 9 g.
- 150 g de fromage blanc : environ 12 g.
- 30 g d’emmental : environ 8 g.
- 100 g de tofu ferme : environ 12 g.
- 30 g d’amandes : environ 6 g.
Ces valeurs suffisent à construire une journée. Un petit-déjeuner à 20 g, un déjeuner à 30 g et un dîner à 25 g couvrent largement les besoins d’un adulte de 75 kg, y compris actif.
Pourquoi les besoins augmentent avec l’âge
Après 65 ans, le muscle devient résistant au signal anabolique : il faut davantage de protéines pour déclencher la même synthèse. C’est la raison pour laquelle les recommandations augmentent avec l’âge, alors même que l’appétit diminue.
Le risque est réel. La sarcopénie, perte progressive de masse et de force musculaire, favorise les chutes et la perte d’autonomie. Elle se prévient par l’alimentation et par l’activité physique, jamais par l’une sans l’autre.
En pratique, on enrichit sans augmenter le volume des assiettes : lait en poudre dans la purée, œuf dans la soupe, fromage râpé sur les légumes. Ces ajouts apportent dix grammes sans que le repas paraisse plus copieux.

Protéines et perte de poids
C’est le seul macronutriment dont l’effet sur la satiété soit solidement établi. À calories égales, un repas riche en protéines réduit la prise alimentaire du repas suivant, et l’effet se mesure sur plusieurs heures.
Second argument : pendant une restriction calorique, l’organisme puise dans le muscle autant que dans la graisse. Maintenir un apport protéique élevé, autour de 1,2 à 1,6 g/kg, limite cette perte de masse maigre. Associé à un travail en résistance, le résultat change complètement la composition corporelle finale.
Attention toutefois à l’effet thermique, souvent surestimé. La digestion des protéines consomme effectivement plus d’énergie que celle des glucides ou des lipides, mais l’écart représente quelques dizaines de kilocalories par jour. Ce n’est pas ce qui fait maigrir.
Lisez les étiquettes sans vous tromper
Le tableau nutritionnel donne la teneur pour 100 g de produit, parfois aussi par portion. C’est la première colonne qui permet les comparaisons ; la seconde dépend d’une portion définie par le fabricant, rarement par le consommateur.
Méfiance envers les allégations. « Source de protéines » signifie qu’au moins 12 % de l’énergie du produit provient des protéines. « Riche en protéines » relève le seuil à 20 %. Un biscuit peut donc porter la mention tout en restant un biscuit.
Les produits enrichis, barres et boissons, coûtent généralement trois à cinq fois plus cher, au gramme de protéine, qu’un œuf ou qu’un pot de fromage blanc. Ils rendent service en déplacement. Ils ne remplacent rien. Pour aller plus loin, les grammes de protéines d’un œuf détaille la part du blanc, du jaune et l’effet de la cuisson.
Enfants et adolescents : d’autres repères
Rapportés au poids, les besoins d’un enfant sont plus élevés que ceux d’un adulte, parce que la croissance mobilise en permanence des acides aminés. Ils diminuent progressivement, de plus de 1,5 g/kg chez le nourrisson à des valeurs proches de l’adulte à la fin de l’adolescence.
En pratique, la question ne se pose presque jamais en France : les enquêtes de consommation montrent des apports largement supérieurs aux références dans toutes les tranches d’âge. Le sujet d’attention porte plutôt sur la variété des sources et sur la place des produits ultra-transformés.
Chez l’adolescent sportif, la tentation des poudres arrive tôt. Elle est presque toujours inutile. Un goûter construit autour d’un produit laitier et d’un féculent complet couvre le besoin, à un coût sans comparaison.
Trop de protéines, est-ce risqué ?
Chez le sujet sain, les apports élevés ne provoquent pas d’atteinte rénale démontrée. L’idée circule beaucoup, mais elle repose sur des observations faites chez des personnes ayant déjà une insuffisance rénale.
En revanche, un apport très élevé se fait généralement au détriment d’autre chose. Moins de fibres, moins de végétaux, plus de graisses saturées si les sources sont exclusivement animales. C’est le déséquilibre qui pose problème, pas la protéine elle-même.
Chez les personnes ayant une maladie rénale connue, la restriction protéique relève d’une prescription précise. Nos repères sur les aliments qui soutiennent les reins détaillent les points de vigilance.
Construire une journée équilibrée
Commencez par estimer votre besoin : poids en kilos multiplié par 1 ou 1,2 selon l’activité. Divisez par trois. Vous obtenez la cible par repas, et il ne reste qu’à la remplir.
Les glucides jouent un rôle complémentaire souvent négligé : sans énergie suffisante, une partie des protéines est utilisée comme carburant plutôt que pour la construction. Notre page sur les aliments glucidiques et la glycémie explique cet équilibre.
Enfin, surveillez le fer si vos sources deviennent majoritairement végétales : l’absorption du fer non héminique dépend fortement des associations alimentaires, comme le détaillent nos repères sur les aliments riches en fer. Et pour comparer les aliments sur un autre plan que la seule protéine, la notion d’index glycémique reste utile.
Combien de protéines par jour pour 70 kg ?
Environ 58 g au minimum, 70 à 84 g pour une personne active ou de plus de 65 ans.
Faut-il des compléments protéinés ?
Rarement. Ils dépannent quand les besoins sont élevés et l’appétit limité, mais ils n’apportent rien qu’une alimentation variée ne fournisse.
Les protéines végétales suffisent-elles ?
Oui, à condition de varier les sources et d’associer céréales et légumineuses sur la journée.
Quand consommer des protéines pour le sport ?
La répartition sur la journée compte plus que le moment précis. Un apport dans les deux heures suivant l’effort reste une bonne pratique.
Le corps stocke-t-il les protéines ?
Non, il n’existe pas de réserve dédiée. C’est pourquoi un apport régulier, à chaque repas, est plus efficace qu’un apport massif isolé.
Calculez votre cible une fois, répartissez-la en trois, et vérifiez surtout le petit-déjeuner. C’est presque toujours là que se trouve la marge de progression.
Anses, références nutritionnelles pour les protéines : apport conseillé de 0,83 g/kg/jour chez l’adulte et majorations selon les situations, consultées le 20 septembre 2026.
Un apport suffisant en protéines favorise d’ailleurs la fixation : voyez les sources de calcium sans produits laitiers.
Cet article donne des repères d’information générale. Il ne constitue ni un diagnostic ni une prescription, et ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé.
Ombeline Ravaud
Préparatrice en pharmacie pendant douze ans, aujourd'hui rédactrice en chef de La Notice. J'explique en langage clair ce que disent les notices et les recommandations officielles.


